Même quand tout semble aller bien, il y a des moments durs qui viennent nous heurter, comme un caillou sur le chemin subitement coincé dans la chaussure. Ça fait mal, c’est chiant, mais on a souvent la flemme d’enlever la chaussure pour en retirer le caillou. On serre les dents et on continue de marcher en se disant qu’il partira de lui-même.

Ben non. Le caillou, il va pas sortir tout seul de ta grolle.

Donc on s’arrête. On se trouve un coin au bord du lac, on emmène un de ses coups de cœur indétrônables, et on prend le temps de respirer. In. Out. In. Out. Voilà, ça va déjà mieux.

Alors oui: Surface est un coup de cœur indétrônable. Existe-t-il meilleur polar? Peut-être, mais pas à mes yeux. Pourquoi? Parce que dans Surface, il y a tout. Un rythme en vagues, d’abord foudroyant puis se calmant pour réaccélérer progressivement. Une intrigue simple sans être simpliste. Un dénouement cohérent et bien maîtrisé. Pas de violence gratuite ou d’effusions de sang sensationnalistes. Une atmosphère particulière autant dans l’environnement géographique que social. Et des personnages…

Des personnages si humains que l’on croirait lire des biographies. Des personnages dont les comportements sonnent vrais, sincères, logiques dans tous les détails de leurs mensonges et déchirures. Des personnages secondaires (je pense surtout à Picasso et Vidal) qui sont absolument parfaits, écrits avec autant d’attention que les protagonistes et qui sont bien plus que de simples figurants. Et enfin, une protagoniste sensationnelle; je n’ai même pas de mots pour dire à quel point cette femme me fait vibrer, espérer, trembler, pleurer, croire, surtout croire. Elle me donne envie de me relever et de marcher même avec un essaim de cailloux dans mes chaussures.

Quand j’ai demandé à Olivier pourquoi il avait choisi un personnage féminin pour mener la danse dans ce livre, il a répondu: «Pourquoi une femme? Tiens, c’est drôle, personne ne m’a jamais demandé pourquoi mon premier héros était un homme.»

Tout est dit. Merci Olivier.

Norek - Surface - © Michel Lafon

© Michel Lafon