J’ai dit à ma voisine que j’étais écrivaine. Elle m’a demandé si je signais mes romans de mon vrai nom. C’est fou le nombre de gens qui me posent cette question. Il est pourtant mignon, ce petit chalet*. Pourquoi voudrais-je m’en séparer?

C’est imprononçable? Oui, je sais, mais c’est aussi ça qui lui donne son charme, non? Et puis, pas besoin de le prononcer, vous n’avez qu’à le lire sur la couverture de mes livres. Ou sinon, soyez créatif et créative et inventez la prononciation qui vous fait plaisir. Pour l’instant, dans les six manières différentes que j’ai entendues de cracher mon nom, la palme revient à un certain capitaine de police qui a dit: «Spiiich… euh… c’est ça?»

Alors oui, j’écris mes romans sous ce nom-là. Parce que Spycher, c’est le nom de mon grand-père, qu’il était artiste sans se l’avouer et que je garde précieusement en mémoire les moments de créations passés à ses côtés. Parce que Spycher, c’est bernois et que ça me renvoie à cette langue belle qui coule dans mon sang sans que je ne sache la parler. Parce que Spycher, c’est mes origines, ma terre, les ours et les montagnes.

Je suis Spycher. Je ne peux imaginer écrire mes romans sous un autre nom.


*un spycher est un petit chalet bernois avec un étage, une longue toiture qui protège des intempéries et un joli balcon souvent garni de géraniums.

Spycher

© Sandrine Spycher