Prendre le bus au même horaire tous les matins, c’est entrer dans un micro-univers particulier, un monde peuplé d’humains indifférents ou pressés. Un monde dont la lassitude quotidienne se voit momentanément perturbée par l’entrée dans le bus des écoliers et écolières.

Il y a d’abord ces deux gamines, presque jumelles, complètement addict à leur jeu vidéo et a fortiori à leur téléphone. Et puis, il y a ce petit dont les parents sont plus stricts ou moins fortunés et qui n’a pour seuls trésors que son skateboard et sa casquette délavée. Il y a enfin le bad boy en devenir qui ne s’assied jamais et qui, bruyamment, se vante des frasques déjà commises durant sa première semaine de classe.

Arrivé à Sainf, le bus décharge son lot de visages masqués dans les méandres lausannois. Je descends la rue Pépinet, passe non loin des librairies à cette heure encore fermées, et croise cet homme dont la beauté délicate vient illuminer ma matinée. Plus loin, nouveau bus, nouvel horaire, nouvelles personnalités.

Comme ce jeune homme aux cheveux longs avec sa guitare sur le dos, qui finit rapidement son petit déj’ avant de monter dans le véhicule. Cet homme un peu moins jeune et un peu plus chauve qui porte son masque sous le nez et s’insurge contre les transports publics en retard. Et puis cette femme à la coupe au carré et au maquillage parfait, qui choisit une place tout devant.

À l’arrière, sur un siège rose, il y a aussi moi: observatrice silencieuse d’un monde au charme désenchanté.

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