Aujourd’hui, j’ai envie de sortir (oui, je sais qu’il faut rester chez soi, mais je suis une hors-la-loi, alors allez-y: flinguez-moi). J’ai envie de sortir pour acheter des petits ragoûts à mon chat qui en a marre des croquettes à tous les repas.

Tout ça

Et comme je sais qu’il y a là-bas un vendeur particulièrement sexy, j’ai envie de l’être aussi. Eh oui, rien que pour ça. J’enfile mon collant le plus séduisant, celui qui est noir transparent avec une ligne qui court le long de la jambe, de la cheville jusqu’à la fesse. Alors que je le déroule sur mes gambettes, je me félicite d’entrer encore aussi facilement dedans.

Puis, je mets ma jupe préférée, celle qui est courte mais pas trop, qui s’arrête au-dessus du genou et flatte mes hanches. Sa couleur rouge ambré est parfaite pour cet après-midi d’automne ensoleillé. Je me glisse encore dans un petit pull noir et sobre que je porte sous mon manteau patchwork, sans oublier, bien sûr, le chapeau.

Maquillage et talons hauts, zut j’ai réveillé le chat. «Comment tu me trouves, Mic? Je suis belle?» Il cligne des yeux, lentement, une fois. Puis retourne à sa sieste. Je vais prendre ça pour un «oui».

Mais hélas, le dernier accessoire vient gâcher la tenue. Accessoire honni et déjà symbole de cette 2020 contaminée. Tant pis, puisqu’il faut, il faut. Je me console en me disant que si, masquée, je ne peux offrir mon sourire au jeune homme qui me plaît, peut-être prendra-t-il plaisir à regarder mes mollets.

Me voilà parée. Je marche en faisant claquer mes talons, je monte dans le bus, m’assieds en croisant mes jambes. Je suis seule dans le véhicule, mais arrivée à Bel-Air, je manque suffoquer dans cette marre humaine (je ne suis visiblement pas la seule à flinguer…).

Pour ça

Je respire, j’essaie de me calmer, je me dis que tout va bien et ma tenue spéciale me met en confiance. D’abord quelques courses pour moi, puis je monte au magasin pour mon chat. Mais…

Le vendeur sexy n’est pas là.
Les petits ragoûts que je cherchais ne sont pas là.

Je me sens soudain con et inutile, là, avec ma jupe courte, mon collant séduisant, mon maquillage et mon sourire qui sert à rien. Tout ça pour ça.

Alors je rentre chez moi, je me remets en pyjama. Et je joue avec mon chat qui ne m’en veut pas d’être revenue bredouille.

Chat-2_(c)SandrineSpycher

© Sandrine Spycher